AYMARAS

Publié le par Mél'O

L'aymara est une langue andine parlée par environ un million cinq cent mille personnes, essentiellement en Bolivie mais aussi au Pérou et au Chili. De nombreuses communautés des provinces argentines de Salta et Jujuy s'auto-proclament également aymaras bien qu'ils ne parlent pas cette langue.
Aymara est la contraction d'un mot trop compliqué pour être prononcé par les espagnols et qui signifie "le peuple de la langue ancienne".
Selon certains linguistes, ce n'est pas le quetchua mais bien l'aymara qui aurait été la langue officielle de l'empire inca.
Cette langue a remplacé de nombreuses autres comme l'uru.
Langage synthétique, l'aymara n'a que 4 formes grammaticales ( équivalant à "je" "tu" "il/elle" et "nous"= le locuteur et l'interlocuteur.
En aymara le verbe "être "n'existe pas.

De tradition orale, ce peuple n'a pas laissé beaucoup de documents... Il serait apparu deux siècles avants notre ère sur les rives du Lac Titicaca. D'après une des théories les aymaras seraient originaires des andes centrales du Pérou. Une autre voudrait qu'ils soient arrivés par la côte du Pacifique au nord du Chili. La théorie locale les dit originaires de l'altiplano. Un groupe pense descendre d'une étoile filante.( on m'a raconté une histoire semblable en Afrique)
Hissée au stade impériale entre le 5° et le 11° siècle avec la civilisation Tiwanaku (voir site archéologique la Cité du soleil Tiahuanaco), la langue se répand dans les Andes.
Après la conquête des territoires aymaras par les incas, ce fût au tour des colons espagnols...la langue a perdu du terrain.
La perte de son usage comme langue véhiculaire est due au fait que l'évangélisation des peuples autochtones par les européens a été principalement faite avec les dialectes quetchua  et  muchik ou mochica. Jusqu'à la moitié du 20°siècle, il y eut également un déclin significatif du fait de l'indifférence et parfois du mépris des gouvernements.
Après des années de délibération, les  gouvernements bolivien et péruvien donnent un statut officiel à cette langue millénaire. De même, l'alphabet officiel Aymara est reconnu, Elle est donc aujourd'hui la langue co-officielle de la Bolivie et du Pérou.

Le peuple aymara a une conception du temps inversée par rapport à la notre: pour eux le passé (les éléments qu'on connait) se trouve devant nous et le futur (l'inconnu, l'invisible) derrière nous.
En aymara "nayra" signifie le passé et désigne aussi l'oeil ou la vue. "qhipa",le futur désigne l'arrière/derrière.
"nayra mara"=l'année dernière se traduit littéralement par "l'année devant".
L'aymara fait donc face à son passé. Les anciens sont très respectés et le passé est une source d'inspiration et de savoir, alors que le futur n'est pour ainsi dire jamais évoqué et relève de la spéculation.
Ils n'ont pas de conception linéaire du temps et quand l'un des leurs meurt, il continue de faire partie de la communauté. Chaque année,le 2 novembre, on donne en son nom boisson et nourriture.
(ce synchronisme avec la fête des morts du christianisme serait antérieure à la colonisation et de nombreuses dates correspondent entre les deux religions..)
Cette culture différencie par le langage le vu et le non vu , le certain et l'incertain et ne permet pas des phrases du type "Christophe Colomb découvrit l'Amérique en 1492" à moins qu'on ne l'ai vu descendre de son bateau...
"De plus des notions comme celle du progrès (du latin progressus qui signifie action d'avancer) n'ont aucun sens pour des indiens traditionnels des hauts-plateaux: on ne peut pas avancer vers des évènements qui n'ont pas encore eu lieu et le changement n'est pas vu comme un déplacement frontal. Les évènements ont lieu quand ils ont lieu, ils sont attendus. Pas étonnant que les conquistadors aient trouvé les Aymaras passifs. Cela explique également la grande patience dont ils sont capables."« Les Aymaras peuvent attendre des heures le camion qui les emmènera au marché, et ce, sans rien faire d’autre. »

Les aymaras expriment leur conception de l'univers dans le proverbe suivant: "Taquipuniw aka pachanx mayaki." "Todo en este mundo es única realidad" . "Tout en ce monde est unique réalité"
Dans cette réalité conçue comme une totalité, tous les éléments et composants sont en relation, tout est lié.
L'interrelation entre les différents éléments de l'univers révèle un équilibre sur lequel repose l'existence même du cosmos. La notion d'harmonie est importante.
Pour les aymaras, le cosmos se compose de trois grands éléments: la nature (plantes, animaux, astres, phénomènes météorologiques..) la société humaine (les communautés, les familles, les individus...) et la société extra-humaine ( les forces surnaturelles, Dieu,les anges, les forces de la nature personnifiées comme le Dieu Soleil ou la Terre mère, les esprits..)
Pour qu'on parle d'harmonie il faut non seulement qu'il y ait un équilibre au sein de chaque groupe mais aussi entre les groupes.

Ces agriculteurs pasteurs, vivant généralement en communauté, ont inventé, au fil des siècles, dans un milieu particulièrement hostile, des formes originales d'occupation du territoire, ainsi que des techniques particulières de conservation des aliments. Ils ont conservé leur langue et ont assimilé à leur religion tellurique une partie des notions et figures du catholicisme, sans renoncer à leurs traditions.


 

"Hoy, para sembrar y cosechar, ya nadie se saca las abarcas (sandalias) como lo hacían nuestros abuelos. Ya no le cantan ni le hablan al espíritu de la papa. ¿Cómo vamos a esperar que la cosecha sea buena si no la protegemos? Ya no entierran hoy en las cuatro esquinas las papas más grandes junto con la coca para que la cosecha sea buena" dice el amauta (sabio aymara) Policarpio Flores Apaza.

 


Traditionnellement, les aymaras savent écouter et observer la nature, il faut observer les montagnes et être comme elles, fortes, on doit écouter et observer les fleuves et être comme eux, transparents...
Pour semer, on se réfère aux étoiles et à la lune, mais aussi à la terre et à ses habitants (si la pluie d'août ne révèle pas trop de vers de terre alors les trois récoltes seront bonnes...Si l'oiseau liqi liqi fait son nid en hauteur alors les pluies seront abondantes, s'il niche bas, la saison sera sèche...)

L'aide communautaire est ancrée dans la culture aymara.Le "ayni" est un système d'aide mutuelle qui consiste à un échange de biens ou de services. C'est quelque chose qui n'est pas obligatoire mais qui se fait de manière naturelle et avec coeur.
Le "ayllu" est une réunion de personnes dans un sentiment de fraternité, qui inclut l'union avec la Terre, les plantes et les animaux, "et pour cela nous n'avons pas besoin de politique ni de religion, juste d'un grand coeur" conclut l'amauta.


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